L'immigration : comptes et légendes


Tribune de Xavier FORTINON
Conseiller général


L'immigration : comptes et légendes
Un peu partout en Europe, les mouvements populistes dénoncent une immigration excessive. La France n’échappe pas à ce contexte général

Immigration française plus faible que la moyenne européenne
Au premier janvier 2006 la France comptait 5.1 millions d’immigrés soit environ 8% de sa population totale (chiffres de l’lINED).
Si l’on prend la définition de l’ONU (est immigré toute personne ayant franchi au moins une frontière depuis leur naissance, la part des immigrés dans la population hexagonale serait de 10,6% selon les projections réalisées pour 2010. Ces chiffres sont inférieurs à ceux constatés chers nombre de nos voisins (14% en Espagne, 13% en Allemagne, 15.6% en Autriche, 13.5% aux Etats-Unis….). Ces chiffres sont stables depuis 10 ans.
Avec un flux net de 100 000 personnes par an, la France est un des pays européens qui accueillent le moins d’étrangers. A l’heure où le ministre de l’intérieur plaide pour une diminution de l’immigration légale, l’analyse des chiffres bouscule quelques idées reçues.
Dans les années 20 la moyenne annuelle des entrées en France était de l’ordre de 300 000 immigrées. Ils étaient 200 000 l’an dernier. Par ailleurs 100 000 individus quittent chaque année l’hexagone (immigrés rentrant chez eux ou français partis à l’étranger). C’est donc 100 000 personnes qui restent à accueillir. C’est bien inférieur en comparaison de la Norvège, l’Italie ou l’Espagne. Que l’on résonne en stock ou en flux, la France compte parmi les pays européens où l’immigration est la plus faible

Une immigration d’origines variées.
La variété de leurs origines tranche avec l’image très répandue d’une immigration essentiellement africaine. Les immigrés originaires des pays membres de l’actuelle UE à 27 représentent 35% de la population immigrée totale. Les immigrés originaires d’Afrique (principalement du Maghreb) représentent 43%.
Mais ce qui compte le plus pour évaluer l’intensité du flux migratoire c’est la différence annuelle entre les entrants et les sortants. Depuis 1990 ce solde a augmenté passant de 40 000 personnes à 75 000 en 2010. Mais ce chiffre reste deux fois moins important que celui enregistré dans les années 60, période où la France accueillait plus de 150 000 personnes supplémentaires par an (rapportée à une population totale plus faible). De fait la France n’est plus un pays d’immigration de masse. On est loin de l’image d’une France assaillie par des hordes de pauvres à peine alphabétisés venant vivre au crochet de ses prestations sociales.

Peu d’immigrés en proportion de sa population et des provenances qui n’ont pas changé depuis vingt ans, comment expliquer alors que les « les Français ne se sentent plus chez eux ? » pour reprendre les mots de Claude Guéant .

Échecs de l’intégration

Si les flux d’immigration ne justifient nullement l’affolement constaté ces derniers temps, les problèmes d’intégration que rencontrent non seulement les immigrés, mais leurs enfants ou leurs descendants sont en revanche plus préoccupants. Entre la ségrégation urbaine, les discriminations au faciès ou au patronyme, les difficultés d’accès au marché du travail ou encore l’échec scolaire, les descendants d’immigrés cumulent des obstacles que les autres ne connaissent pas dans les mêmes proportions. Seule la forte concentration des immigrés peut expliquer ce sentiment de trop plein dans certaines zones géographiques, cumulant souvent plusieurs handicaps : « un immigré sur cinq vit en zone urbaine sensible, où le taux de pauvreté est prés de trois fois plus élevé que sur l’ensemble du territoire ».

L’immigration ne pèse pas sur les comptes sociaux, bien au contraire.
Les immigrés étant proportionnellement peu représentés parmi les plus de 60 ans qui sont les premiers bénéficiaires de la protection sociale ( maladie et retraite essentiellement) leur poids dans les comptes sociaux reste faible, et ce malgré un taux de chômage élevé. Sur un strict plan budgétaire, la présence d’immigrés est même positive, du fait de l’apport régulier d’individus actifs. L’immigration réduit le fardeau fiscal du vieillissement, et sans cet apport, le besoin de financement de la protection sociale passerait de 3% à 5% du PIB.

L’immigration ne fait pas augmenter le chômage.
C’est une illusion de mettre face à face le nombre d’immigrés et le nombre de chômeurs en pensant qu’ils sont substituables. Xavier Bertrand le ministre du travail avance l’idée qu’il faut mieux former les chômeurs français, pour les orienter vers les métiers dits en tension (restauration, bâtiment, travaux publics qui sont occupés en grande partie par les immigrés).
C’est faire fi des effets compétences, rémunérations et de spécialisation. En clair ces emplois sont moins payés, plus pénibles que la moyenne, et plus précaires. Ils intéressent donc peu les chômeurs français. Faire baisser le nombre d’immigrés pourrait même avoir des effets néfastes (tensions sur le marché de l’emploi, accroissement du travail au noir et donc l’immigration illégale).
On peut dire qu’avec l’installation durable de la crise économique, les immigrés ont joué un rôle d’amortisseur pour le marché du travail, ce qui a permis aux français d’origine de se maintenir dans une position relativement plus favorable. Le taux de chômage des immigrés est de 16%.

Espérons que ces quelques mise au point basées exclusivement sur des données émanant d’organismes officiels, tempèrent les diatribes mensongères à visées électoralistes qui ressurgissent « fort opportunément » à la veille d’échéances électorales majeure pour notre pays. Elles ne sont là que pour masquer un bilan déplorable et effrayer les citoyens qui souffrent en leur désignant des boucs émissaires soit disant responsables de leurs difficultés.


1.Posté par Sylvie le 04/02/2012 22:45
Cet article est très intéressant et son titre remarquable!
Je voulais juste attirer l'attention de Xavier sur une situation inhumaine à mon sens. Il m'a été donné d'être assise à côté d' un vieil Algérien un peu perdu qui revenait de rencontrer sa femme en Suisse chez un de leurs enfants. Sa femme vit en Algérie avec leurs autres enfants et lui est obligé de vivre dans un studio dans la banlieue bordelaise pour POUVOIR TOUCHER SA RETRAITE. Avec beaucoup de dignité, il m'a fait part de son rêve de vivre en famille, dans son pays. Quand nous serons au pouvoir, il faut absolument changer cette loi scélérate. Merci de relayer

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