Indispensable, mais pour qui ?


Edito de Stéphane CAHEN (TL n°1632 du 4 Février 2012)


Il faut les voir et les entendre tous et toutes, à longueur de journée, nous rebattre les oreilles avec leurs réformes structurelles.
Depuis le début de la crise, tous les économistes médiatiques, qui n’avaient rien vu venir hier mais qui savent ce qu’il faut faire aujourd’hui pour demain, nous servent la même rengaine :’’Si la France ne fait pas les réformes structurelles indispensables …etc ‘‘

L’UMP, au gouvernement ou au Parlement, se délecte aussi de cette formule. Tantôt pour critiquer le projet du candidat socialiste, tantôt pour justifier les nouvelles mesures d’austérité.
Il n’y aurait pas ‘‘les réformes structurelles indispensables’’ au redressement du pays dans le programme de François Hollande, nous disent-ils.

La formule ne figure pas’’ in extenso’’ dans les 60 propositions, c’est exact. Mais de quoi parlent-ils vraiment ? Prenons une définition prise au hasard sur Internet 1:
‘‘Une réforme structurelle est une réforme engagée par les administrations publiques d’un pays, visant à améliorer son organisation, ses réglementations, ses dépenses publiques, pour atteindre un nouvel état où la situation serait ‘‘meilleure’’ : augmentation du niveau de PIB et de la qualité de la vie, amélioration du respect de l’état de droit, démocratisation du fonctionnement politique, confiance dans l’avenir, maîtrise de la dette publique et de l’inflation, etc.‘‘

Quand on connaît l’état de la France et la situation sociale de millions de Français, force est de constater que cette définition ne s’applique pas au bilan de la droite après 10 ans de gestion.
Pourtant, ils ont réformé. Mais pas encore assez, c’est leur excuse. Il faut poursuivre les réformes comme dit François Fillon à chaque plan de rigueur.
10% de chômeurs, 3,6 millions de personnes ne sont pas ou très mal logées, et plus de 5 millions de personnes supplémentaires sont en situation de réelle fragilité de logement à court ou moyen terme. C’est seulement la moitié de ce qu’ils peuvent faire, comme disait Coluche.

En fait, ce qu’ils appellent ‘‘réformes structurelles’’, c’est casser la structure. Casser le modèle social, en brisant le code du travail pour une flexibilité maximale ou en basculant le système de santé vers le secteur marchant, ou encore en vendant nos autoroutes à des fonds de pensions, comme l’a fait Villepin.

Dans le projet du candidat Hollande, il y a une remise à plat complète de la fiscalité qui permettra de financer en même temps l’état et les dépenses de santé. Il y a une banque publique d’investissement et un livret d’épargne dédié aux PME. Il y a une réforme du système bancaire. Il y a de vraies mesures pour le financement des logements et l’encadrement des loyers. Il y a une réforme des tarifications entre hôpitaux publics et cliniques privées. Il y a une nouvelle étape de décentralisation pour donner plus d’autonomie aux collectivités.

Si tout cela, et ce n’est qu’un extrait, ce ne sont pas des réformes de fond, qu’est-ce qu’il leur faut !

Réponse : Elles n’ont qu’un défaut. Elles ne nous feront pas ressembler à l’Allemagne de Merkel, au Royaume-uni de Cameron, aux Etats-unis de Bush. L’actionnaire, le rentier, le spéculateur, le propriétaire aux loyers abusifs, ne s’y retrouvent pas. Eh bien tant pis. Pour nous, la justice et l’égalité passent avant les dividendes.

1 Wikipédia

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